Services Expertise Ressources Contact
[ ARTICLE ]
Guide Acquéreur

TVA et cession de fonds de commerce en liquidation judiciaire : règles et exonérations

La TVA sur la cession de fonds de commerce en liquidation judiciaire est un sujet technique qui réserve des surprises. Entre exonération de TVA sous conditions, option TVA, et récupération de TVA sur les acquisitions, voici les règles exactes pour ne pas payer ce que vous ne devez pas — et récupérer ce à quoi vous avez droit.

PR
Paul Roulleau
30 mars 2026 15 min de lecture
[ 01 — 08 ]
Chiffres clés
0%
TVA si transmission universalité de biens
20%
TVA si cession partielle d'actifs
5,5%
TVA travaux immobiliers affectés activité

TVA sur la cession de fonds de commerce : règles générales

En droit fiscal français, la cession d'un fonds de commerce est en principe une opération soumise à la TVA. Le cédant (vendeur) doit collecter la TVA sur le prix de vente et la reverser à l'État. L'acquéreur peut déduire cette TVA sur sa déclaration de TVA suivante, à condition d'être lui-même assujetti à la TVA pour son activité. En apparence, la TVA est donc neutre pour deux assujettis à la TVA : l'un la collecte, l'autre la déduit.

Mais en pratique, la TVA sur une cession de fonds de commerce crée une complication de trésorerie significative. Si le prix de cession est de 500 000 euros HT, la TVA au taux normal de 20% représente 100 000 euros que le repreneur doit avancer — avant de les récupérer sur sa prochaine déclaration (généralement le mois suivant). Pour un acquéreur dont la trésorerie est tendue en phase de reprise, cette avance de 100 000 euros peut être problématique. L'exonération de TVA prévue par l'article 257 bis du CGI permet d'éviter ce flux.

L'exonération de TVA : article 257 bis du CGI

L'article 257 bis du Code général des impôts prévoit une exonération de TVA pour les transmissions d'une universalité totale ou partielle de biens. Cette exonération est transposée en droit français d'une directive européenne TVA (article 19 de la directive 2006/112/CE). Elle vise à ne pas soumettre à TVA les opérations de restructuration ou de transmission d'activités économiques complètes.

Pour bénéficier de l'exonération, deux conditions doivent être remplies. Premièrement, le bénéficiaire doit être assujetti à la TVA et continuer à l'utiliser pour des opérations ouvrant droit à déduction. Deuxièmement, la transmission doit porter sur une universalité totale ou partielle de biens, c'est-à-dire un ensemble suffisamment complet pour permettre la poursuite d'une activité économique autonome. Si ces conditions sont remplies, la cession est hors champ de la TVA : ni le cédant ne la collecte, ni l'acquéreur n'a à la payer — ce qui simplifie et allège l'opération.

Les conditions de l'universalité de biens

La qualification d'universalité est une question de fait qui doit être appréciée au cas par cas. La jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) et du Conseil d'État a progressivement précisé les critères. Les éléments essentiels pour caractériser une universalité sont : la transmission d'un ensemble cohérent permettant l'exercice d'une activité économique autonome, l'intention du bénéficiaire de poursuivre l'activité transmise (et pas seulement de liquider les actifs), et la disponibilité de tous les éléments nécessaires à cette poursuite d'activité sans acquisition complémentaire significative.

En plan de cession, la condition d'universalité est souvent remplie lorsque le repreneur acquiert le fonds de commerce, les contrats clients et fournisseurs principaux, les stocks opérationnels, et le matériel essentiel à l'activité. En revanche, si le repreneur n'acquiert que les machines isolément (sans le fonds de commerce, sans les contrats), la condition d'universalité n'est pas remplie et la TVA est due.

Attention : la qualification n'est pas automatique

L'exonération de TVA au titre de l'article 257 bis n'est pas automatique : elle dépend de la qualification juridique de la cession. Pour sécuriser ce traitement, un rescrit fiscal préalable auprès de l'administration peut être sollicité. En cas de doute sur la qualification, mieux vaut consulter un avocat fiscaliste spécialisé avant de structurer l'offre de reprise.

TVA immobilière en plan de cession

La TVA immobilière suit des règles spécifiques, distinctes de la TVA sur les biens meubles. Les immeubles neufs ou assimilés (construits il y a moins de 5 ans ou ayant fait l'objet de travaux importants) sont soumis à la TVA au taux de 20% sur le prix de vente. Les immeubles anciens (plus de 5 ans) sont en principe exonérés de TVA, mais le vendeur peut opter pour la TVA (option expressément formulée lors de la cession). Dans le cadre d'un plan de cession comprenant un immeuble, la même logique d'universalité peut s'appliquer : si l'immeuble fait partie intégrante de l'activité cédée et constitue un élément nécessaire à l'universalité, l'exonération de l'article 257 bis peut inclure l'immeuble.

Récupération de TVA sur les acquisitions en plan de cession

Lorsque la cession est soumise à la TVA (hors universalité), la TVA facturée par le liquidateur ou l'administrateur judiciaire est récupérable par le repreneur assujetti à la TVA dans les conditions de droit commun. Cette récupération s'effectue sur la déclaration de TVA du mois suivant le paiement de la TVA, avec un délai de remboursement par l'administration fiscale de 30 à 60 jours en cas d'excédent de TVA déductible. Pour les acquisitions importantes, un remboursement mensuel de TVA peut être demandé à l'administration pour éviter l'immobilisation de trésorerie.

Risques de redressement TVA post-acquisition

Deux risques principaux de redressement TVA existent dans le cadre d'une acquisition en plan de cession. Le premier est la requalification de l'universalité : si l'administration fiscale considère que la cession ne constituait pas une universalité, elle peut exiger le paiement de la TVA non collectée, avec majorations et intérêts. Le second est la régularisation TVA sur les biens immobilisés : les biens immobilisés acquis dans les 20 ans précédents (pour l'immobilier) ou les 5 ans précédents (pour les biens meubles) font l'objet de régularisations de TVA lorsqu'ils changent d'affectation ou de propriétaire. Ces régularisations peuvent entraîner une TVA à reverser par le cédant ou un droit à déduction supplémentaire pour l'acquéreur.

Cas pratiques TVA en plan de cession

Cas 1 — Cession totale d'une imprimerie (universalité)

L'acquéreur reprend le fonds de commerce, les machines, les stocks de papier et d'encre, les contrats clients (sous conditions), et reprend 15 des 18 salariés. La cession constitue une universalité partielle permettant la poursuite de l'activité d'impression. Résultat : exonération de TVA au titre de l'article 257 bis. Le prix de 650 000 euros est payé sans TVA. L'acquéreur économise 130 000 euros de TVA à avancer à la trésorerie lors du closing.

Cas 2 — Cession d'équipements industriels isolés

L'acquéreur n'est intéressé que par 3 machines numériques de découpe laser, sans le fonds de commerce ni les contrats. La cession porte sur des actifs isolés, pas sur une universalité. Résultat : TVA au taux normal (20%) sur le prix de chaque machine. Le prix de 280 000 euros HT génère 56 000 euros de TVA à avancer, récupérables le mois suivant sur la déclaration de TVA de l'entreprise repreneuse.

FAQ

La réponse dépend des conditions de la cession. Si la cession constitue une transmission d'universalité de biens au sens de l'article 257 bis du CGI, elle est exonérée de TVA. Si la cession ne porte que sur des éléments isolés (actifs déconnectés), elle est soumise à la TVA au taux normal (20%). La distinction est importante car elle modifie significativement le coût d'acquisition.

La transmission d'universalité de biens est la cession d'un ensemble d'éléments suffisants pour permettre la poursuite d'une activité économique autonome. Pour être qualifiée d'universalité, la cession doit permettre à l'acquéreur de poursuivre l'activité du cédant sans acquisition supplémentaire significative. En plan de cession, si le repreneur reprend le fonds de commerce, les principaux contrats, les stocks et le matériel nécessaire à l'exploitation, la condition d'universalité est généralement remplie.

Si la cession n'est pas qualifiée d'universalité et qu'elle est donc soumise à la TVA, le repreneur assujetti à la TVA peut déduire la TVA payée sur ses acquisitions (TVA déductible sur la déclaration de TVA du mois suivant). Si la cession est exonérée (universalité), il n'y a pas de TVA à récupérer mais aussi pas de TVA à payer — ce qui est généralement plus avantageux car la trésorerie n'est pas immobilisée.

Si la cession des stocks est soumise à la TVA (hors régime universalité), la TVA facturée par le liquidateur est récupérable par le repreneur assujetti à la TVA, sur sa prochaine déclaration de TVA. Si la cession est exonérée au titre de l'universalité, il n'y a pas de TVA sur les stocks — le repreneur reprend les stocks à leur valeur hors taxe sans flux TVA.

Oui. La cession d'immeubles dans le cadre d'un plan de cession suit les règles de TVA immobilière : les immeubles neufs (moins de 5 ans) sont soumis à la TVA au taux de 20% sur le prix de vente. Les immeubles anciens (plus de 5 ans) sont en principe exonérés de TVA mais peuvent faire l'objet d'une option TVA. Le traitement varie selon que l'immeuble est inclus dans une universalité ou cédé isolément.

En cas de mauvaise qualification (cession qualifiée d'universalité alors qu'elle ne l'est pas), l'administration fiscale peut requalifier la cession en cession partielle d'actifs soumise à TVA. Le repreneur devra alors payer la TVA non collectée, avec des majorations et intérêts de retard pouvant atteindre 40% du montant de TVA en cas de manquement délibéré. Pour sécuriser le traitement TVA, un rescrit fiscal préalable auprès de l'administration est fortement recommandé.

Cela dépend du régime fiscal de la cession. Si la vente constitue une universalité, le liquidateur n'est pas tenu de facturer la TVA. S'il s'agit de ventes d'actifs isolés, le liquidateur doit facturer la TVA au taux applicable selon la nature de chaque actif. Le liquidateur a une obligation fiscale de collecter correctement la TVA : en cas d'erreur, sa responsabilité professionnelle peut être engagée.

Non directement. Le régime TVA applicable découle de la qualification juridique de la cession (universalité ou non), qui est une question de droit et de fait, pas de négociation. En revanche, la structuration du périmètre de la cession (quels actifs inclure pour constituer une universalité) peut être optimisée dans la phase de préparation de l'offre pour bénéficier de l'exonération de TVA et simplifier les flux de trésorerie au closing.

[ PARTAGER ]
[ À LIRE ]
[ CONTACT ]

Sécurisez le traitement TVA de votre acquisition

Brantham Partners vous met en relation avec des fiscalistes spécialisés pour sécuriser le régime TVA de votre plan de cession.

Prendre rendez-vous Découvrir la méthode