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Guide Acquéreur

Racheter une entreprise avec ses dettes : ce que la loi permet et interdit

La question revient souvent : peut-on racheter une entreprise en reprenant aussi ses dettes ? La réponse dépend du mécanisme de reprise. En plan de cession, la purge du passif est l'un des atouts majeurs. En reprise de titres, vous héritez de tout. Ce guide clarifie les règles, les opportunités et les pièges.

PR
Paul Roulleau
30 mars 2026 16 min de lecture
[ 01 — 08 ]

Reprise d'actifs vs reprise de titres : la distinction fondamentale

Avant d'aborder la question des dettes, il faut comprendre la distinction fondamentale entre deux mécanismes de reprise d'entreprise : la reprise d'actifs et la reprise de titres. Cette distinction détermine entièrement la réponse à la question "peut-on racheter une entreprise avec ses dettes ?".

La reprise de titres consiste à acquérir les parts sociales ou les actions de la société. L'acquéreur devient propriétaire de la personne morale — avec tous ses actifs, mais aussi toutes ses dettes, tous ses litiges en cours, et tous ses engagements hors bilan. C'est le mécanisme classique des M&A standards. En rachetant les titres d'une société endettée, vous héritez mécaniquement de son passif.

La reprise d'actifs, au contraire, consiste à acquérir certains éléments de l'entreprise (fonds de commerce, machines, brevets, contrats clients, stocks) sans reprendre la société elle-même. Dans ce cas, les dettes restent dans la coquille juridique que vous n'avez pas achetée. Le mécanisme ultime de reprise d'actifs est le plan de cession dans le cadre d'une procédure collective.

Dettes reprises selon le mécanisme
0€
Passif repris en plan de cession
100%
Passif repris en reprise de titres
40%
Décote typique sur reprise de titres avec dettes

Le plan de cession : racheter sans les dettes

Le plan de cession est le mécanisme de reprise le plus avantageux pour l'acquéreur d'une entreprise en difficulté. Il est ordonné par le tribunal de commerce dans le cadre d'un redressement judiciaire ou d'une liquidation judiciaire. Son principe fondamental : le repreneur acquiert les actifs opérationnels sans reprendre le passif antérieur.

Le mécanisme de purge du passif

La purge du passif est le mécanisme par lequel toutes les dettes antérieures à la cession sont laissées dans la procédure collective. Concrètement : les dettes bancaires, les dettes fournisseurs, les arriérés d'URSSAF, les redressements fiscaux, les dettes sociales — tout reste dans la masse créancière de la procédure collective. Le produit de la cession (le prix payé par le repreneur) est distribué aux créanciers selon leur rang, mais le repreneur n'est personnellement tenu de rien au-delà du prix convenu.

Ce mécanisme est prévu par les articles L.642-12 et suivants du Code de commerce. Il s'applique de plein droit dans tout plan de cession arrêté par le tribunal. C'est une protection légale absolue pour le repreneur : aucun créancier antérieur ne peut se retourner contre lui après la cession, sous réserve que la procédure se soit déroulée régulièrement.

Ce que le repreneur reprend réellement

Dans un plan de cession, le repreneur reprend les actifs désignés dans le plan : fonds de commerce, clientèle, marques, brevets, matériel et outillage, stocks, contrats en cours sélectionnés, et éventuellement les baux commerciaux. Il reprend également une partie des salariés, désignés nominativement dans le plan. Ce qu'il ne reprend pas : les dettes, les litiges antérieurs, les garanties accordées à des tiers, et les obligations découlant de faits antérieurs à la cession.

Brantham Partners positionne systématiquement ses clients acquéreurs dans le cadre d'un plan de cession plutôt qu'en reprise de titres, dès lors que l'entreprise est en procédure collective. L'avantage de la purge du passif représente souvent plus de valeur économique que la décote de prix obtenue lors de la négociation.

Les exceptions : dettes qui "suivent" les actifs

La purge du passif n'est pas absolue. Certaines dettes et obligations "suivent" les actifs repris de manière automatique ou quasi-automatique, indépendamment de la volonté du repreneur. Les contrats de travail des salariés repris sont transférés avec toute l'ancienneté acquise (voir notre guide sur les droits des salariés en plan de cession). Les contrats en cours sélectionnés (baux commerciaux, contrats clients importants) sont transférés avec toutes leurs clauses et obligations. Les charges environnementales liées aux sites industriels peuvent parfois suivre les actifs si elles sont reconnues par des décisions administratives antérieures. Enfin, les sûretés réelles (hypothèques, nantissements) peuvent subsister sur les actifs concernés, selon les conditions de la cession.

Reprise de titres : hériter des dettes

La reprise de titres d'une entreprise endettée est un mécanisme radicalement différent. Lorsque vous achetez les parts ou les actions d'une société, vous devenez propriétaire de la personne morale dans son intégralité. Cela inclut tous ses actifs — mais aussi toutes ses dettes, tous ses engagements contractuels, tous ses litiges en cours, et tous ses passifs hors bilan.

L'inventaire complet du passif en reprise de titres

Le passif d'une entreprise en difficulté est souvent bien plus important que ce que les comptes officiels laissent apparaître. Au-delà du passif comptable (dettes financières, fournisseurs, fiscales et sociales), le repreneur de titres hérite du passif hors bilan : engagements de retraite non provisionnés, garanties accordées à des tiers, cautions solidaires données, litiges prud'homaux en cours, redressements fiscaux en cours de contrôle, garanties de passif accordées à l'occasion de cessions antérieures d'actifs. Selon Brantham Partners, le passif hors bilan représente en moyenne 15 à 40% du passif comptable dans les PME en difficulté.

Pourquoi racheter des titres malgré les dettes ?

La reprise de titres avec dettes se justifie dans plusieurs situations. Premièrement, lorsque l'entreprise n'est pas encore en procédure collective et que le plan de cession n'est donc pas disponible — c'est le cas des reprises en phase de pré-difficulté. Deuxièmement, lorsque l'acquéreur veut absolument conserver l'entité juridique (pour ses licences, autorisations administratives, historique de marchés publics ou contrats non cessibles). Troisièmement, dans des configurations fiscales particulières où la reprise de titres est plus avantageuse (report des déficits fiscaux antérieurs, par exemple). Dans ces cas, la décote sur le prix de cession compense théoriquement le risque du passif repris.

CritèrePlan de cession (actifs)Reprise de titres
Dettes reprisesAucune (purge)Toutes (100%)
Litiges en coursNon reprisRepris intégralement
Licences / AgrémentsSouvent perdusMaintenus
Contrats non cessiblesPeuvent être perdusMaintenus
Déficits fiscaux reportablesPerdusPotentiellement conservés
Complexité juridiqueEncadrée par le tribunalNégociation bilatérale
DisponibilitéUniquement en procédure collectiveToutes situations

Négocier avec les créanciers : les leviers disponibles

Dans une reprise de titres avec dettes, le repreneur ne subit pas le passif passivement : il peut négocier avec les créanciers pour alléger, réaménager ou effacer une partie des dettes. Ces négociations peuvent intervenir avant ou pendant le closing, et elles conditionnent souvent la viabilité financière de l'opération.

La conciliation : négociation confidentielle

La procédure de conciliation (article L.611-4 du Code de commerce) permet à une entreprise en difficulté — mais pas encore en cessation de paiements depuis plus de 45 jours — de négocier confidentiellement avec ses principaux créanciers un accord de réaménagement de dettes. Cette procédure est amiable et confidentielle : elle ne figure pas au BODACC. Elle peut aboutir à un accord homologué par le tribunal, ce qui lui confère une protection juridique renforcée.

Pour un acquéreur, la conciliation permet de préparer une reprise de titres en négociant préalablement avec les banques, l'URSSAF et les principaux fournisseurs un abandon partiel de créances ou un étalement de la dette. L'accord de conciliation est signé concomitamment au closing de la cession de titres, ce qui sécurise le repreneur sur le périmètre exact du passif qu'il reprend.

Les abandons de créances bancaires

Les banques sont souvent les premières créancières à accepter un abandon partiel, dès lors que l'alternative (liquidation judiciaire) conduirait à un taux de recouvrement encore plus faible. La négociation avec les banques porte généralement sur un abandon de créance en échange d'une remise en état de la relation commerciale avec le repreneur, d'une garantie partielle sur les actifs, ou d'un engagement d'ouverture de comptes bancaires professionnels.

Les dettes fiscales et sociales : transaction possible

L'URSSAF et le Trésor Public peuvent accorder des remises de majorations, de pénalités et, dans certains cas, des abandons partiels de capital dans le cadre de procédures de transaction. La Commission des Chefs de Services Financiers (CCSF) est l'interlocuteur privilégié pour négocier un plan d'apurement des dettes fiscales et sociales dans les PME. Ces négociations prennent du temps (plusieurs mois) et nécessitent un dossier solide démontrant la viabilité du projet de reprise.

Aménager les dettes : BPI et banques partenaires

Au-delà des négociations directes avec les créanciers, des dispositifs publics et parapublics permettent d'aménager le financement d'une reprise d'entreprise endettée. Bpifrance joue un rôle central dans l'écosystème du financement distressed français.

Les dispositifs Bpifrance pour les reprises en difficulté

Bpifrance propose plusieurs instruments adaptés aux reprises d'entreprises en difficulté. Le Prêt Rebond (10 000 à 300 000 euros, taux zéro, 7 ans) est destiné aux TPE-PME reprises pour financer leur redémarrage opérationnel. Le Prêt Transmission (jusqu'à 5 millions d'euros) finance le rachat de parts ou d'actifs, avec un différé de remboursement de 2 ans. La Garantie Transmission permet à des banques commerciales de financer 50 à 60% du prix de reprise avec une garantie Bpifrance couvrant 70% du prêt — ce qui réduit significativement le risque bancaire et facilite l'obtention du crédit.

Les aides régionales à la reprise

Les Régions française disposent également de dispositifs d'aide à la reprise d'entreprises en difficulté. Ces aides prennent la forme de subventions directes, de prêts participatifs, de garanties ou d'avances remboursables. Leur montant et leurs conditions varient selon les régions, mais elles sont souvent cumulables avec les dispositifs Bpifrance. La liste des aides disponibles est accessible sur les sites des conseils régionaux et via les Chambres de Commerce et d'Industrie (CCI).

Risques spécifiques de la reprise avec dettes

La reprise d'une entreprise avec ses dettes comporte des risques spécifiques que le repreneur doit impérativement identifier et quantifier avant de s'engager. Ces risques peuvent transformer une opération apparemment attractive en catastrophe financière.

Le passif hors bilan non identifié

C'est le risque numéro un. Le passif hors bilan comprend tous les engagements et dettes potentiels qui ne figurent pas dans les comptes : garanties données à des tiers non comptabilisées, litiges prud'homaux non provisionnés, redressements fiscaux en cours pour des exercices non prescrits, engagements de retraite sous-provisionnés, responsabilités environnementales sur des sites pollués. Une due diligence financière, juridique, fiscale et sociale approfondie est indispensable pour cartographier ce passif hors bilan avant tout closing.

La mise en jeu de la responsabilité du repreneur

En reprenant les titres d'une société, le repreneur devient dirigeant de droit ou de fait de la nouvelle entité. Il peut être tenu personnellement responsable des dettes sociales en cas de faute de gestion, de continuation d'une activité déficitaire, ou de détournement d'actifs. Cette responsabilité est limitée en cas de bonne gestion, mais elle constitue un risque réel si la situation financière de la société reprise se dégrade rapidement après l'acquisition.

Cas pratiques : reprise avec et sans dettes

Cas 1 — PME industrielle en liquidation judiciaire (plan de cession)

Une entreprise de chaudronnerie industrielle en liquidation judiciaire avec un chiffre d'affaires de 4,2 millions d'euros. Passif total : 2,1 millions d'euros (dont 800 000 euros de dettes bancaires, 600 000 euros de dettes URSSAF/fiscales, 700 000 euros de dettes fournisseurs). Valeur des actifs (machines, fonds de commerce, contrats clients) : 1,4 million d'euros. Le repreneur a présenté une offre de plan de cession à 920 000 euros, reprenant les actifs opérationnels et 22 des 28 salariés. Résultat : le repreneur a acquis un outil industriel opérationnel pour 920 000 euros sans reprendre le moindre euro des 2,1 millions de dettes. Économie par rapport à une reprise de titres : 1,18 million d'euros de passif non repris.

Cas 2 — PME de services en pré-difficulté (reprise de titres négociée)

Une société de conseil en informatique avec 3,2 millions d'euros de chiffre d'affaires, des contrats publics non cessibles (empêchant un plan de cession classique), et 1,4 million d'euros de dettes (dont 900 000 euros de crédit bancaire et 500 000 euros d'URSSAF). L'acquéreur a opté pour une reprise de titres, mais en négociant préalablement : abandon de 350 000 euros de créances bancaires en échange d'une recapitalisation à la hauteur, et plan d'apurement URSSAF sur 5 ans. Prix de cession des titres : 180 000 euros (valeur symbolique). Coût total réel de la reprise avec restructuration de la dette : 590 000 euros, pour une entreprise valorisée à 1,1 million d'euros une fois assainie. ROI potentiel : x1,9 en trois ans.

Règle Brantham Partners

Notre règle de décision : toujours préférer le plan de cession si la procédure collective est ouverte ou imminente. La purge du passif vaut en moyenne 30 à 50% de valeur supplémentaire par rapport à une reprise de titres au même prix. La seule exception valable est la présence d'actifs intangibles non cessibles (licences réglementaires, contrats d'exclusivité, autorisations administratives) dont la valeur dépasse l'économie réalisée sur le passif.

FAQ — Racheter une entreprise avec ses dettes

Oui, c'est possible via un plan de cession en procédure collective. L'acquéreur reprend les actifs sans le passif. Les dettes restent dans la masse créancière de la procédure. C'est l'avantage fondamental du plan de cession par rapport à une acquisition classique.

La purge du passif signifie que le repreneur acquiert les actifs sans être tenu des dettes antérieures. Les créanciers sont désintéressés par le produit de la cession et par la procédure collective. Le repreneur repart sur une base financière nette.

La reprise d'actifs (plan de cession) transfère les actifs opérationnels sans le passif. La reprise de titres transfère la société entière avec toutes ses dettes, litiges et engagements hors bilan. En cas de rachat de titres d'une société endettée, l'acquéreur hérite de 100% du passif.

Oui, dans certains cas. Le repreneur peut proposer dans son offre de reprendre certaines dettes ciblées (crédit-bail pour conserver un équipement, emprunt bancaire adossé à un actif). Cette reprise de dette ciblée doit être clairement identifiée dans l'offre soumise au tribunal.

La décote sur une reprise de titres d'une entreprise endettée est généralement de 30 à 50% par rapport à la valorisation d'une entreprise similaire saine. Elle peut être plus importante si le niveau d'endettement est critique ou si le passif hors bilan est significatif.

Oui. Dans un plan de cession, les créances de l'URSSAF et du Trésor Public restent dans la procédure collective et ne suivent pas les actifs repris. Le repreneur ne reprend pas les dettes fiscales et sociales de l'entreprise cédée — c'est l'un des avantages les plus significatifs du plan de cession.

Dans le cadre d'une reprise de titres, le repreneur peut négocier un protocole de conciliation avec les principaux créanciers : étalement des dettes, abandon partiel, conversion en fonds propres. La procédure de conciliation permet d'organiser ces négociations confidentiellement avant toute ouverture de procédure judiciaire.

Oui. Bpifrance propose le prêt rebond (10-300K€, taux zéro), le prêt transmission (jusqu'à 5M€), et des garanties de prêts bancaires. Ces financements sont accessibles même lorsque la société cible porte des dettes, à condition que le projet de reprise soit viable.

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